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Le théâtre des opérations et Vincent Julliard
par Murielle Durand-Garnier

Vincent Julliard, David Neaud et Thierry Weyd ont réalisé un dispositif sonore et visuel au Cinématographe et à Mire, renouant ainsi avec une tradition défendue par quelques vétérans fondateurs du cinéma et formulée laconiquement par Mallarmé : "suggérer l'objet, voilà le rêve".
L'opération a commencé jeudi 1er novembre par un spectacle dont les astuces rappellent l'imagination fertile des enfants qui savent bien comment faire un vrai théâtre avec un minimum de moyens. La poétique des babioles (du savon,de l'huile, des cierges magiques, des transistors FM, etc) a embrasé un public nantais qui retrouvait le charme du bidouillage des premiers temps du Royal de Luxe et l'émerveillement proche de celui que Proust décrit, quand, encore enfant, on coiffe la lampe de sa chambre d'une lanterne magique qui "subsituait à l'opacité des murs d'impalpable irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, comme un vitrail vascillant et momentané."
Ici, donc, la portée poétique est d'autant plus forte qu'elle se base sur presque rien. Aux antipodes des esbroufes Hollywoodiennes et de ces images asphyxiantes où rien n'est laissé au hasard, le théâtre des opérations et Vincent Julliard vient au rythme des accidents générés par leurs accessoires : sur le devant de la scène, David Neaud suit les instructions qu'il a lui-même préenregistré et qui sont transmises dans la salle.
Il s'agit de dresser une tour avec des objets éclectiques, la voix de fond ne cesse d'ordonner : "le tout doit tenir en équilibre". Evidemment, la gageure est de taille, et nul doute que l'édifice s'effondre, mais "c'est beaucoup plus drôle quand ça ne fonctionne pas que quand ça fonctionne".
L'étrange cuisine de son acolyte Thierry Weyd recompose des vanités, dont la tête de mort constitue un ingrédient fondateur, assaisoné de mots, d'objets et de chants.
D'ailleurs, plus tard il invite Annabelle Cocollos à pousser la mélodie sur un poème de Kenneth Patchen, personnage en marge des années quarante aux Etats-Unis, "Les mémoires d'un pornographe timide", alors que Vincent Julliard invente des images fantasmagoriques avec des Tyco : des caméras pour enfants.
Vincent Julliard est connu pour avoir inventé un théâtre dont la scène était sa bouche. On se plaît à penser qu'il a continué à tracer son chemin dans des cavités plus profondes encore puisqu'il a décidé de creuser une galerie souterraine dans un lieu public. Il nous fait part de ses trouvailles à Mire.
David Neaud et Thierry Weyd (le théâtre des opérations) s'articulent autour de ce travail en faisant tourner un transistor et une boule à facettes, qui valsent alors, en hommage au nom de l'association qui les invite, une fraternelle mise en orbite.

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