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De l'Oeil à l'Oreille: l'Oroeil
par Pierre Giquel

Le théâtre des opérations aime les minuscules quand Vincent Julliard revendique calmement la majuscule. L'invitation qui leur est faite est l'occasion de créer entre eux des glissements, constituant des sortes d'hybrides visuels et sonores qui pour le moins décapent, même lorsque leurs interventions se méfient du spectaculaire, du travail trop bien maîtrisé. "Le théâtre des opérations" ce sont deux jeunes artistes, David Neaud et Thierry Weyd, qui depuis un an créent des dispositifs où la manipulation d'objets inattendus s'accompagne d'inventions inventions sonores,de gestes non appris,où des sons de proximité se diffusent dans des transistors, où le collage se mêle à l'improvisation,où la dualité opère non sans malice et grâce. Parce qu'ils n'aiment pas les acteurs ils ont choisi un nom qui dans sa définition anglaise leur convient:en effet "théâtre des opérations" signifie "champ de bataille" mais c'est également le nom donné à la salle des opérations chirurgicales. Le fil du rasoir qu'ils cultivent est aussi l'occasion d'expérimenter les notions de brouillage, de collision, d'effusion sonore et visuelle et d'inventer chaque fois des langages nouveaux.

Un cinéma dans la bouche

Cette dimension expérimentale, mais délibérément non intellectuelle, nous la retrouvons chez Vincent Julliard qui compose en direct des tableaux animés qui se constituent exclusivement dans sa bouche.
Auparavant c'est sous forme de vidéo qu'on avait accés à cette aventure.

Aujourd'hui, Vincent Julliard privilégie la performance. Sous nos yeux donc un monde retransmis sur grand écran voit défiler deux petits acteurs dont l'un des deux rit lorsque l'autre pleure, un personnage qui fait le poirier, une tête de mort qui clignote nimbée de fumée qui nous fait oublier les conneries d'Halloween. Pour l'exposition, quatre vidéos et des dispositifs témoignent d'une galerie souterraine dont la localisation reste secrète et dans laquelle Vincent Julliard depuis plusieurs années opère inlassablement.

A les voir et à les entendre, on aura compris que jubilation peut rimer avec discrétion et qu'avec des presque rien peut surgir un opéra sans-doute plus excitant que nos lourdes machines ou nos spectacles bien ficelés. La poésie n'est certe pas à mettre à toutes les sauces, en tout cas les objets qu'ils s'échangent créent des troubles, et ceux-là sont durables.

Nantes le 01/11/2000

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