Le théâtre des opérations aime les minuscules quand Vincent Julliard revendique
calmement la majuscule. L'invitation qui leur est faite est l'occasion de créer entre
eux des glissements, constituant des sortes d'hybrides visuels et sonores qui pour
le moins décapent, même lorsque leurs interventions se méfient du spectaculaire, du
travail trop bien maîtrisé.
"Le théâtre des opérations" ce sont deux jeunes artistes, David Neaud et Thierry
Weyd, qui depuis un an créent des dispositifs où la manipulation d'objets inattendus
s'accompagne d'inventions inventions sonores,de gestes non appris,où des sons
de proximité se diffusent dans des transistors, où le collage se mêle à
l'improvisation,où la dualité opère non sans malice et grâce.
Parce qu'ils n'aiment pas les acteurs ils ont choisi un nom qui dans sa définition
anglaise leur convient:en effet "théâtre des opérations" signifie "champ de bataille"
mais c'est également le nom donné à la salle des opérations chirurgicales.
Le fil du rasoir qu'ils cultivent est aussi l'occasion d'expérimenter les notions de
brouillage, de collision, d'effusion sonore et visuelle et d'inventer chaque fois des
langages nouveaux.
Un cinéma dans la bouche
Cette dimension expérimentale, mais délibérément non intellectuelle,
nous la retrouvons chez Vincent Julliard qui compose en direct des
tableaux animés qui se constituent exclusivement dans sa bouche.
Auparavant c'est sous forme de vidéo qu'on avait accés à cette aventure.
Aujourd'hui, Vincent Julliard privilégie la performance. Sous nos yeux
donc un monde retransmis sur grand écran voit défiler deux petits
acteurs dont l'un des deux rit lorsque l'autre pleure, un personnage qui
fait le poirier, une tête de mort qui clignote nimbée de fumée qui nous
fait oublier les conneries d'Halloween. Pour l'exposition, quatre vidéos
et des dispositifs témoignent d'une galerie souterraine dont la
localisation reste secrète et dans laquelle Vincent Julliard depuis
plusieurs années opère inlassablement.
A les voir et à les entendre, on aura compris que jubilation peut rimer avec discrétion et qu'avec des presque rien peut surgir un opéra
sans-doute plus excitant que nos lourdes machines ou nos spectacles bien
ficelés. La poésie n'est certe pas à mettre à toutes les sauces, en tout
cas les objets qu'ils s'échangent créent des troubles, et ceux-là sont
durables.
Nantes le 01/11/2000
