.../Bric-à-brac de nos réminiscences
les plus intimes.
Preque silence
de ce à quoi l'on jouait,
la nuit,
quand nos parents avaient éteint
la lumière.
De petits labyrinthes à billes,
des fusées bariolées
qu'on fait rouler sur la moquette,
+ une Tour de Babel
édifiée dans le sable mouillé,
sur laquelle on aligne
de petits cyclistes
à maillots jaune & vert & blanc
à pois rouges, arc-en-ciel.
(On triche un peu, souvent,
on a ses favoris,
ceux qui lèvent les bras,
dont les couleurs sont les plus éclatantes.)
On y joue en parlant dans sa barbe,
en maugréant,
en commentant
les échappées,
les attardés. /...
.../ C'est un secret,
la règle du jeu
n'est disponible
nulle part.
On fait ça en douce,
presque avec honte,
on remplit des carnets
de classements,
d'interviews,
d'informations factices.
On détourne des cartes routières
pour tracer des parcours.
Ca se joue avec un dé,
avec des billes.
Cela requiert des calculs temporels
extrêmement compliqués.
Ca nous apprend à jongler
avec les nombres
sexagésimaux.
On se cure le nez en y réfléchissant.
C'est toujours plus utile
que de ranger sa chambre. /...
.../ C'est une école de solitude,
d'indépendance,
de volupté.
C'est l'apprentissage des secrets,
de ce qui n'appartient qu'à soi.
Une première définition de soi-même.
Et tant pis si ça use
le pantalon aux genoux.
Tant pis si ça donne soif,
de faire des bruits avec la bouche.
C'est quelque chose qu'on ne perdra
jamais. /...
.../ C'est jouer à tout ce qu'on ne voit pas
dans les bandes dessinées
& les westerns.
C'est l'entretemps de l'épopée,
le moment où
les inventeurs de mondes
se ressourcent
se demandent
quelles terres vierges
ils exhumeront
bientôt,
quelles idoles grimaçantes,
porteuses de malédictions antiques,
ils ramèneront sous nos latitudes,
à bord de paquebots rutilants.
Quelles mathématiques secrètes
ils découvriront dans les sables
d'une cité endormie.
Bien sûr on fait la musique soi-même,
celle du générique,
puis des batailles,
de l'attente,
des scènes romantiques.
C'est un pot-pourri de chansons
mal apprises,
de comptines un peu oubliées,
et de grands opéras pompeux.
On fait soi-même les cadrages
de son cinéma intérieur.
Dans ces instants-là
il arrive même que l'on dise,
fier:
je joue. /...
